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Droit du travail

Inaptitude et licenciement : guide pratique pour connaître vos droits

Inaptitude et licenciement : procédure légale, obligations de l'employeur, indemnités dues et pièges à éviter. Guide sourcé sur le Code du travail, à jour 2026.

Clément GarnierClément Garnier 18 min de lecture
Licenciement pour inaptitude - Indemnités

L'inaptitude au travail, constatée par le médecin du travail, oblige l'employeur à rechercher un reclassement avant tout licenciement. La distinction entre inaptitude d'origine professionnelle (accident du travail, maladie professionnelle) et non professionnelle détermine le montant des indemnités : l'indemnité légale est doublée en cas d'origine professionnelle (art. L1226-14 du Code du travail), et l'indemnité compensatrice de préavis est due de plein droit.

L'inaptitude et le licenciement obéissent à un régime juridique où chaque étape compte. La distinction entre inaptitude d'origine professionnelle et non professionnelle détermine les indemnités, le droit au préavis et la validité même de la procédure. Un employeur ne peut pas licencier un salarié déclaré inapte sans avoir d'abord cherché à le reclasser, sauf dispense expresse du médecin du travail. Ce guide détaille le mécanisme complet, de l'avis médical jusqu'aux recours prud'homaux.

En bref

  • L'origine professionnelle ou non de l'inaptitude conditionne le doublement de l'indemnité de licenciement
  • L'employeur dispose d'un délai d'un mois pour reclasser ou licencier après l'avis d'inaptitude
  • L'obligation de reclassement est impérative : son non-respect prive le licenciement de cause réelle et sérieuse
  • Le salarié dispose de 15 jours pour contester l'avis d'inaptitude et de 12 mois pour contester le licenciement

Qu'est-ce que l'inaptitude au travail ? Définition et constat médical

L'inaptitude au travail désigne l'impossibilité pour un salarié d'occuper son poste en raison de son état de santé. Elle ne peut être constatée que par le médecin du travail, à l'issue d'au moins un examen médical (art. L4624-4 du Code du travail). Cet avis est obligatoirement précédé d'une étude du poste et des conditions de travail, et d'un échange avec l'employeur et le salarié.

Le médecin du travail peut émettre plusieurs types d'avis : l'aptitude avec réserves (le salarié peut travailler mais avec des aménagements), ou l'inaptitude. L'inaptitude elle-même peut être totale (le salarié ne peut plus occuper aucun emploi dans l'entreprise) ou partielle (le poste actuel est contre-indiqué, mais un autre emploi est envisageable).

L'inaptitude se distingue radicalement de la maladie simple : tant que le salarié est en arrêt maladie, son contrat est suspendu et il bénéficie d'une protection contre le licenciement. L'inaptitude, elle, ouvre la voie à une rupture potentielle du contrat, sous réserve que l'employeur respecte la procédure légale. La fiche d'aptitude remise par le médecin du travail constitue le document déclencheur de l'ensemble des obligations patronales.

En pratique, le médecin du travail consigne ses conclusions sur un avis écrit motivé, transmis au salarié et à l'employeur. Cet avis mentionne expressément si l'inaptitude fait obstacle à tout reclassement dans l'entreprise, une précision qui conditionne l'étendue de l'obligation de reclassement de l'employeur.

Inaptitude professionnelle vs non professionnelle : pourquoi la distinction change tout

La distinction entre inaptitude professionnelle et non professionnelle constitue le pivot du régime juridique. L'inaptitude est dite professionnelle quand elle résulte d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle reconnue par la CPAM (art. L1226-10 du Code du travail). Elle relève des articles L1226-10 à L1226-14. L'inaptitude est non professionnelle quand elle découle d'une maladie ou d'un accident d'origine privée, sans lien avec l'activité professionnelle (art. L1226-2 à L1226-4-3).

Les conséquences pratiques sont considérables. Pour l'inaptitude professionnelle, l'indemnité légale de licenciement est doublée et le salarié perçoit une indemnité compensatrice de préavis même en l'absence d'exécution du préavis. Pour l'inaptitude non professionnelle, l'indemnité est calculée au taux standard, et le droit à l'indemnité compensatrice de préavis dépend du respect par l'employeur de son obligation de reclassement.

L'avis d'inaptitude délivré par le médecin du travail mentionne explicitement l'origine lorsqu'elle est professionnelle. Pour une vue complète des conséquences indemnitaires, consultez notre guide sur l'inaptitude professionnelle et le licenciement.

Le constat d'inaptitude : avis unique du médecin du travail depuis la loi Travail de 2017

Depuis l'entrée en vigueur de la loi Travail du 8 août 2016 et des décrets de décembre 2016, le médecin du travail statue seul sur l'inaptitude. La procédure antérieure des deux examens médicaux espacés de 15 jours, avec recours possible à l'inspecteur du travail, a été supprimée. Aujourd'hui, un seul examen médical suffit pour constater l'inaptitude (art. R4624-42).

Le médecin du travail doit réaliser une étude de poste et des conditions de travail, accompagnée d'un échange avec le salarié et l'employeur, avant de se prononcer. Il peut également s'appuyer sur des examens complémentaires. L'avis d'inaptitude est transmis au salarié et à l'employeur, accompagné de conclusions écrites. En cas de désaccord, seul le conseil de prud'hommes peut être saisi, dans le cadre d'une procédure accélérée, sur le fondement de l'article L4624-7. Le recours hiérarchique à l'inspecteur du travail n'existe plus.

Obligation de reclassement : ce que l'employeur doit faire avant de licencier

Avant tout licenciement, l'employeur doit rechercher un reclassement du salarié inapte. L'article L1226-2 (inaptitude non professionnelle) et l'article L1226-10 (inaptitude professionnelle) imposent des obligations identiques sur ce point : proposer un emploi approprié aux capacités du salarié, aussi comparable que possible à l'emploi précédent, au besoin par transformation de poste, aménagement du temps de travail ou mutation.

La recherche doit s'étendre à l'ensemble du groupe auquel appartient l'employeur, parmi les entreprises dont les activités, l'organisation ou le lieu de travail permettent d'effectuer la permutation de tout ou partie du personnel (art. L1226-2). L'employeur doit recueillir l'avis du Comité Social et Économique (CSE) avant de formuler ses propositions. Les offres de reclassement doivent être écrites et précises : intitulé du poste, rémunération, lieu de travail, horaires.

Si le salarié refuse les postes proposés, l'employeur peut engager la procédure de licenciement. Si l'employeur ne respecte pas cette obligation de reclassement, le licenciement est sans cause réelle et sérieuse, ce qui ouvre droit à des dommages-intérêts selon le barème Macron. Pour approfondir chaque étape de cette procédure, consultez notre guide détaillé en 6 étapes.

⚠️ Attention : une recherche de reclassement purement formelle (quelques offres imprécises envoyées hâtivement) ne suffit pas. La jurisprudence constante exige une recherche loyale et sérieuse, documentée, prenant en compte les préconisations du médecin du travail.

Quand l'employeur est dispensé de l'obligation de reclassement

L'obligation de reclassement connaît une exception notable. L'employeur est dispensé de cette recherche lorsque l'avis d'inaptitude du médecin du travail mentionne expressément que tout maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ou que l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans l'emploi (art. L1226-2-1 et L1226-12).

Cette mention doit figurer explicitement sur l'avis d'inaptitude. En son absence, l'obligation de reclassement demeure pleine et entière. L'employeur ne peut pas décider unilatéralement de s'en dispenser. Dans les faits, cette dispense simplifie la procédure mais n'exonère pas l'employeur de convoquer le salarié à un entretien préalable et de respecter les autres étapes du licenciement.

Consultation du CSE : une étape obligatoire souvent négligée

La consultation du CSE est une étape procédurale obligatoire, distincte de l'obligation de fond de recherche de reclassement. L'employeur doit recueillir l'avis des représentants du personnel avant de formuler ses propositions de reclassement au salarié, et non après. Cette consultation porte sur les possibilités de reclassement identifiées et sur les postes disponibles.

L'avis du CSE n'est pas contraignant, mais son absence peut constituer un vice de procédure. Selon la jurisprudence constante, le non-respect de cette consultation peut entraîner des dommages-intérêts pour le salarié, distincts de ceux liés au défaut de cause réelle et sérieuse. L'employeur doit transmettre aux élus les éléments pertinents sur l'état de santé du salarié, dans le respect du secret médical, pour leur permettre de rendre un avis éclairé.

Procédure de licenciement pour inaptitude : les étapes dans l'ordre

La procédure de licenciement pour inaptitude suit une chronologie impérative. Tout commence avec la notification de l'avis d'inaptitude par le médecin du travail. À réception, l'employeur dispose d'un délai d'un mois pour engager les démarches de reclassement ou licencier (art. L1226-11 pour l'inaptitude professionnelle, art. L1226-4 pour l'inaptitude non professionnelle). Passé ce délai sans reclassement ni licenciement, l'employeur doit reprendre le versement du salaire.

L'employeur procède ensuite à la recherche de reclassement et consulte le CSE, sauf dispense expresse. Si le reclassement s'avère impossible, il convoque le salarié à un entretien préalable par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge (art. L1232-2). La convocation doit mentionner la possibilité pour le salarié de se faire assister.

L'entretien préalable ne peut avoir lieu moins de 5 jours ouvrables après la présentation de la lettre de convocation. À l'issue de cet entretien, l'employeur notifie le licenciement par lettre recommandée avec accusé de réception, en respectant un délai minimum de 2 jours ouvrables après l'entretien (art. L1232-6). La lettre de licenciement doit énoncer précisément le motif : l'inaptitude constatée et l'impossibilité de reclassement.

Le délai d'un mois : une contrainte forte pour l'employeur

Le délai d'un mois constitue une contrainte procédurale forte. Il court à compter de la date de l'avis d'inaptitude et non de sa notification. Si l'employeur ne reprend pas le paiement du salaire à l'expiration du délai, il s'expose à un rappel de salaire correspondant à la période d'interruption.

Ce délai concerne l'obligation de reprendre le salaire, pas l'obligation de licencier elle-même. L'employeur peut parfaitement licencier après un mois si les recherches de reclassement se sont prolongées, mais le salaire devra être versé depuis la fin du délai. Le point important : le non-respect de cette obligation de reprise du salaire n'entraîne pas automatiquement la nullité du licenciement, mais expose l'employeur à une condamnation au paiement des salaires dus. Pour identifier d'autres pièges procéduraux fréquents, consultez notre article sur les erreurs à éviter dans le licenciement pour inaptitude.

Entretien préalable et lettre de licenciement : mentions obligatoires

La lettre de licenciement fixe les limites du litige. Elle doit mentionner l'inaptitude constatée par le médecin du travail et l'impossibilité de reclassement (ou la dispense de recherche si elle existe). L'absence de ces mentions rend la lettre insuffisamment motivée.

Pour une inaptitude d'origine professionnelle, la lettre doit également faire référence à l'accident du travail ou à la maladie professionnelle à l'origine de l'inaptitude. Cette mention est déterminante pour que le salarié puisse revendiquer le doublement de l'indemnité de licenciement. La jurisprudence constante considère que l'omission de cette référence dans la lettre peut constituer un motif d'irrégularité, même si elle n'affecte pas nécessairement la cause réelle et sérieuse du licenciement.

Indemnités de licenciement pour inaptitude : calcul selon l'origine

Le calcul de l'indemnité de licenciement pour inaptitude obéit à deux régimes distincts selon l'origine de l'inaptitude. Cette dualité, souvent méconnue, peut générer des écarts de plusieurs milliers d'euros. L'indemnité légale standard se calcule à raison de 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté pour les 10 premières années, puis 1/3 de mois de salaire par année au-delà (art. R1234-2).

Le salaire de référence retenu est le plus favorable entre la moyenne des 12 derniers mois et la moyenne des 3 derniers mois précédant l'avis d'inaptitude. Pour une ancienneté incomplète, l'indemnité est calculée au prorata du nombre de mois complets travaillés sur la dernière année.

💡 À noter : si la convention collective applicable prévoit une indemnité conventionnelle supérieure à l'indemnité légale, c'est celle-ci qui s'applique. De nombreuses conventions collectives (SYNTEC, métallurgie, etc.) prévoient des formules plus favorables.

Pour un calcul précis de votre situation, le simulateur d'indemnité de licenciement et notre tableau détaillé par ancienneté vous aideront à estimer vos droits.

Inaptitude d'origine professionnelle : l'indemnité spéciale doublée

L'article L1226-14 du Code du travail prévoit le doublement de l'indemnité légale lorsque l'inaptitude résulte d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle. Prenons un cas concret : un salarié comptant 8 ans d'ancienneté avec un salaire de référence de 2 400 € bruts perçoit une indemnité légale standard de 4 800 € (8 × 0,25 × 2 400). En cas d'inaptitude professionnelle, cette indemnité est portée à 9 600 €.

Pour un salarié de 15 ans d'ancienneté avec le même salaire, le calcul standard donne 10 000 € (10 × 0,25 × 2 400 + 5 × 0,33 × 2 400). L'indemnité spéciale doublée atteint alors 20 000 €. L'écart devient significatif pour les carrières longues.

Cette indemnité spéciale est strictement réservée aux inaptitudes consécutives à un accident du travail ou une maladie professionnelle reconnus par la CPAM. Le simple fait que l'inaptitude ait été constatée pendant un arrêt de travail consécutif à un accident du travail ne suffit pas : il faut un lien de causalité direct. Notre guide complet des indemnités pour inaptitude détaille ces subtilités.

Inaptitude non professionnelle : indemnité légale et indemnité compensatrice de préavis

Pour l'inaptitude non professionnelle, l'indemnité légale de licenciement suit le régime de droit commun. Le salarié perçoit l'indemnité calculée selon le barème légal ou conventionnel, sans doublement.

L'indemnité compensatrice de préavis obéit à une logique différente. En principe, le salarié déclaré inapte ne peut pas exécuter son préavis puisqu'il n'est pas apte à travailler. Pour l'inaptitude non professionnelle, l'employeur n'est pas tenu de verser l'indemnité compensatrice de préavis, sauf s'il a manqué à son obligation de reclassement (art. L1226-4). Dans ce cas, le défaut de reclassement justifie le versement de cette indemnité.

Pour l'inaptitude professionnelle, l'indemnité compensatrice de préavis est due dans tous les cas. Son montant correspond à la rémunération que le salarié aurait perçue s'il avait effectué son préavis. Pour un calcul détaillé de vos droits, consultez notre article sur le calcul de l'indemnité pour inaptitude.

Indemnité compensatrice de préavis : qui y a droit et dans quel cas ?

Le préavis de licenciement pour inaptitude obéit à des règles spécifiques. Le salarié déclaré inapte ne peut pas physiquement exécuter son préavis, mais il peut prétendre à l'indemnité compensatrice correspondante selon l'origine de l'inaptitude.

Le droit à l'indemnité compensatrice de préavis dépend de deux cas de figure. Premier cas : l'inaptitude est d'origine professionnelle : l'indemnité compensatrice est due de plein droit, et son montant est égal à l'indemnité de préavis (art. L1226-14). Second cas : l'inaptitude est non professionnelle : l'indemnité compensatrice n'est due que si l'employeur a manqué à son obligation de reclassement.

Si le salarié avait été dispensé de préavis (accord de l'employeur pour ne pas l'exécuter), la période correspondante ne donne pas lieu au versement d'une indemnité compensatrice distincte de celle prévue par l'article L1226-14. Le montant de l'indemnité compensatrice équivaut au salaire brut que le salarié aurait perçu pendant la durée du préavis, incluant tous les éléments de rémunération (salaire de base, primes contractuelles, avantages en nature).

L'erreur courante qui peut tout faire basculer : négliger l'origine de l'inaptitude

L'erreur la plus fréquente dans le traitement de l'inaptitude consiste à ne pas vérifier son origine. Ni le salarié, absorbé par sa situation de santé, ni parfois l'employeur, pressé de régulariser la rupture, ne prêtent attention à la mention portée sur l'avis d'inaptitude. Cette négligence peut coûter cher.

Pour le salarié, l'enjeu est financier. Un salarié dont l'inaptitude est d'origine professionnelle et qui accepte une indemnité calculée au taux standard perd la moitié de ses droits. Pour l'employeur, l'enjeu est contentieux : un licenciement traité sous le régime de l'inaptitude non professionnelle alors que l'origine est professionnelle expose à une action prud'homale en rappel d'indemnités et en dommages-intérêts pour non-respect des dispositions protectrices.

L'erreur peut aussi jouer en sens inverse : un employeur qui applique le régime de l'inaptitude professionnelle (indemnité doublée, préavis indemnisé) à une inaptitude non professionnelle commet un excès de précaution coûteux mais non illégal. Le risque principal concerne la sous-indemnisation du salarié et l'irrégularité de la procédure pour l'employeur.

Comment vérifier l'origine de l'inaptitude sur l'avis médical

L'avis d'inaptitude délivré par le médecin du travail comporte une case spécifique : « Inaptitude d'origine professionnelle » ou « Inaptitude consécutive à un accident du travail / maladie professionnelle ». Cette mention figure sur le formulaire d'avis médical remis au salarié et à l'employeur.

Si l'origine professionnelle n'est pas cochée alors que le salarié estime que son inaptitude découle d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle, il doit contester l'avis dans les 15 jours devant le conseil de prud'hommes (art. L4624-7). Passé ce délai, il devient très difficile de faire reconnaître l'origine professionnelle a posteriori dans le cadre du licenciement. Le salarié peut également solliciter la CPAM pour faire reconnaître le caractère professionnel de sa pathologie, ce qui renforcera sa position en cas de contentieux.

Les conséquences d'une erreur sur l'origine : contentieux et rappel d'indemnités

Les conséquences d'une erreur sur l'origine de l'inaptitude varient selon la partie qui en subit le préjudice. Pour le salarié sous-indemnisé, le conseil de prud'hommes peut condamner l'employeur à verser un rappel d'indemnité correspondant à la différence entre l'indemnité simple et l'indemnité doublée, majoré des intérêts au taux légal.

Pour l'employeur, l'application erronée du régime d'inaptitude professionnelle à une inaptitude non professionnelle ne constitue pas en soi une faute donnant droit à réparation au salarié, puisque ce dernier reçoit plus que ce que la loi prévoit. En revanche, le traitement d'une inaptitude professionnelle sous le régime non professionnel expose l'employeur à une condamnation pour licenciement sans cause réelle et sérieuse si le défaut d'indemnisation s'accompagne d'autres irrégularités.

Le salarié peut également solliciter des dommages-intérêts pour le préjudice moral résultant de la privation des protections attachées au statut de salarié victime d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle.

Contester un licenciement pour inaptitude : délais et voies de recours

Le salarié dispose de deux voies de recours distinctes face au licenciement pour inaptitude. La première concerne l'avis d'inaptitude lui-même, la seconde porte sur le licenciement et son motif.

Pour contester l'avis d'inaptitude, le salarié doit saisir le conseil de prud'hommes en la forme des référés dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'avis (art. L4624-7). Cette procédure accélérée permet de faire trancher rapidement la contestation. Le conseil de prud'hommes peut désigner un médecin-expert pour l'éclairer sur les aspects médicaux du dossier.

Pour contester le licenciement lui-même, le délai de prescription est de 12 mois à compter de la notification du licenciement (art. L1471-1 du Code du travail). Le salarié peut invoquer l'absence de cause réelle et sérieuse (défaut de recherche de reclassement, irrégularité de procédure) ou la nullité du licenciement (violation du statut protecteur des victimes d'accident du travail, harcèlement moral à l'origine de l'inaptitude).

Pour plus de détails sur les délais de contestation applicables, consultez notre article sur les délais de contestation de licenciement. Le salarié dispose de 15 jours pour contester l'avis d'inaptitude.

📌 Important : l'inspection du travail ne dispose pas de pouvoir de médiation ou d'arbitrage sur le contenu de l'avis d'inaptitude ni sur la régularité du licenciement. Son rôle se limite au contrôle du respect de la législation du travail et aux renseignements des salariés sur leurs droits.

Contester l'avis d'inaptitude : délai de 15 jours et juridiction compétente

La contestation de l'avis d'inaptitude obéit à une procédure spécifique et à un délai très court. Le salarié dispose de 15 jours à compter de la notification de l'avis pour saisir le conseil de prud'hommes (art. L4624-7). Ce délai est un délai de forclusion : son dépassement rend la contestation irrecevable.

La procédure est celle des référés, c'est-à-dire une procédure accélérée. Le conseil de prud'hommes statue dans un délai relativement bref. Il peut ordonner une expertise médicale confiée à un médecin-expert inscrit sur une liste près la cour d'appel. Le médecin du travail qui a émis l'avis contesté est informé de la contestation et peut transmettre ses observations.

Si le salarié obtient gain de cause, l'avis d'inaptitude est annulé. Le salarié est réputé apte et l'employeur doit le réintégrer ou, à défaut, reprendre le versement du salaire. Cette contestation suspend le délai d'un mois imparti à l'employeur pour reprendre le salaire.

Saisir les prud'hommes pour licenciement sans cause réelle et sérieuse

Le salarié peut contester son licenciement pour inaptitude devant le conseil de prud'hommes dans un délai de 12 mois (art. L1471-1). Les chefs de demande sont variés.

Le salarié peut invoquer l'absence de cause réelle et sérieuse du licenciement lorsque l'employeur n'a pas respecté l'obligation de reclassement (art. L1226-2 et L1226-10). Il peut également invoquer un manquement à l'obligation de consultation du CSE. Il peut solliciter un rappel d'indemnité si l'origine professionnelle de l'inaptitude n'a pas été prise en compte.

Le salarié victime d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle bénéficie d'une protection particulière pendant la suspension de son contrat. Si le licenciement est prononcé pendant cette période, il peut être frappé de nullité (art. L1226-13). Les dommages-intérêts pour licenciement nul sont au moins égaux à 6 mois de salaire.

Pour toute situation concrète, la consultation d'un avocat spécialisé en droit du travail reste indispensable. Les prud'hommes apprécient chaque affaire au vu des éléments de preuve produits par les deux parties.

Fiche pratique

Articles de loi de référenceArt. L1226-1 à L1226-22 du Code du travail (inaptitude non professionnelle : L1226-2 à L1226-4-3 ; inaptitude professionnelle : L1226-10 à L1226-14)
Délai pour reclasser ou licencier1 mois à compter de l'avis d'inaptitude (art. L1226-11)
Indemnité légale standard1/4 de mois par année d'ancienneté (≤ 10 ans), 1/3 de mois au-delà
Indemnité spéciale (origine pro)Doublement de l'indemnité légale (art. L1226-14)
Indemnité compensatrice de préavisDue si inaptitude professionnelle OU manquement de l'employeur à l'obligation de reclassement (inaptitude non pro)
Délai contestation avis d'inaptitude15 jours devant le CPH en référé (art. L4624-7)
Délai contestation licenciement12 mois à compter de la notification (art. L1471-1)
Juridiction compétenteConseil de prud'hommes
Service à contacterInspection du travail (renseignements) ; CPAM (reconnaissance AT/MP)

Sources

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Consultez un avocat ou un professionnel du droit pour toute situation concrète.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre inaptitude professionnelle et non professionnelle ?

L'inaptitude est d'origine professionnelle lorsqu'elle résulte d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle (art. L1226-10 du Code du travail). Elle est non professionnelle dans tous les autres cas (art. L1226-2). Cette distinction conditionne le montant de l'indemnité de licenciement (doublée en cas d'origine professionnelle), le droit au préavis et le régime de protection du salarié.

L'employeur peut-il licencier directement un salarié inapte sans chercher à le reclasser ?

Non. Le Code du travail impose à l'employeur une obligation de recherche de reclassement (art. L1226-2 et L1226-10). Il doit proposer des postes adaptés aux capacités du salarié, au besoin par mutation, transformation de poste ou aménagement du temps de travail. Un licenciement sans recherche sérieuse de reclassement est dépourvu de cause réelle et sérieuse. L'employeur n'est dispensé de cette obligation qu'en cas de mention explicite sur l'avis d'inaptitude indiquant que tout maintien dans l'emploi serait gravement préjudiciable à la santé du salarié.

Quelles indemnités perçoit-on en cas de licenciement pour inaptitude ?

Le salarié perçoit l'indemnité légale de licenciement (ou conventionnelle si plus favorable), calculée à raison de 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à 10 ans, et 1/3 au-delà. Si l'inaptitude est d'origine professionnelle, cette indemnité est doublée (art. L1226-14). L'indemnité compensatrice de préavis n'est due qu'en cas d'inaptitude professionnelle, ou si l'employeur n'a pas respecté son obligation de reclassement en cas d'inaptitude non professionnelle.

Le salarié licencié pour inaptitude a-t-il droit au chômage ?

Oui, le licenciement pour inaptitude constitue une perte involontaire d'emploi ouvrant droit à l'allocation de retour à l'emploi (ARE), sous réserve de remplir les conditions d'indemnisation de France Travail (durée d'affiliation suffisante, inscription comme demandeur d'emploi, recherche effective d'emploi). Selon service-public.fr (2025), l'inaptitude n'est pas un motif de privation des allocations chômage.

Quel est le délai pour contester un licenciement pour inaptitude aux prud'hommes ?

Le délai de prescription pour contester un licenciement pour inaptitude devant le conseil de prud'hommes est de 12 mois à compter de la notification du licenciement (art. L1471-1 du Code du travail). Pour contester l'avis d'inaptitude lui-même, le salarié dispose d'un délai de 15 jours à compter de sa notification pour saisir le conseil de prud'hommes en référé (art. L4624-7).

L'indemnité de licenciement est-elle doublée en cas d'inaptitude d'origine professionnelle ?

Oui. L'article L1226-14 du Code du travail prévoit que l'indemnité légale de licenciement est doublée lorsque l'inaptitude résulte d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle. Cette indemnité spéciale s'ajoute à l'indemnité compensatrice d'un montant égal à celui de l'indemnité compensatrice de préavis, due également en cas d'inaptitude professionnelle.