Licenciement faute grave : procédure étape par étape
Licenciement faute grave procédure : délais, convocation, mise à pied conservatoire, lettre de licenciement. Guide sourcé Code du travail 2026.

La procédure de licenciement pour faute grave est un terrain miné. Le Code du travail impose un enchaînement précis : convocation à entretien préalable, mise à pied conservatoire possible, puis notification par lettre motivée. Rater une étape, c'est s'exposer à une requalification et à des dommages-intérêts. Le salarié, lui, perd ses indemnités légales de licenciement et de préavis : raison suffisante pour scruter chaque détail, dans les deux sens. Ce guide suit la procédure dans l'ordre chronologique, avec les délais applicables en 2026.
Ce qu'il faut retenir
- La faute grave est définie par la jurisprudence comme un manquement rendant impossible le maintien du salarié dans l'entreprise, même pendant le préavis.
- La procédure obligatoire comprend : mise à pied conservatoire optionnelle, convocation par lettre recommandée, entretien préalable, puis lettre de licenciement.
- Un délai minimum de 5 jours ouvrables doit séparer la réception de la convocation et l'entretien préalable (art. L1232-2 du Code du travail).
- En cas de faute grave, le salarié ne perçoit ni indemnité légale de licenciement, ni indemnité compensatrice de préavis.
- Tout non-respect de la procédure peut entraîner la nullité ou le sans-cause réelle et sérieuse du licenciement, avec condamnation de l'employeur aux prud'hommes.
Qu'est-ce qu'une faute grave selon le Code du travail
La faute grave ne figure dans aucun texte de loi avec une définition arrêtée. C'est la Chambre sociale de la Cour de cassation qui en a tracé les contours, au fil des arrêts. Sa formule est connue : la faute grave est celle qui rend impossible le maintien du salarié dans l'entreprise, même le temps d'un préavis.
Concrètement, plusieurs comportements sont régulièrement retenus :
- Insubordination caractérisée : refus réitéré d'exécuter un ordre licite
- Violence ou harcèlement : comportement agressif envers un collègue ou un supérieur
- Abandon de poste : départ sans justification ni autorisation, après mise en demeure sans réponse
- Vol ou détournement : soustraction de fonds ou de matériel appartenant à l'entreprise
Mais attention à la confusion avec la faute sérieuse. Un retard isolé, une insuffisance professionnelle : ça ne suffit pas. La Cour de cassation (Cass. soc., 11 février 2026, n° publié sur Legifrance, JURITEXT000053538494) l'a encore confirmé : la qualification s'apprécie au regard de l'ensemble des circonstances, ancienneté du salarié et contexte de l'acte compris. Et c'est l'employeur qui supporte la charge de la preuve : à lui d'établir que les faits justifient ce qualificatif.
La mise à pied conservatoire : une mesure immédiate facultative
Dès la constatation de faits pouvant constituer une faute grave, l'employeur peut prononcer une mise à pied conservatoire. Le contrat est suspendu immédiatement, dans l'attente de la décision définitive. Cette possibilité est ouverte par l'article L1332-3 du Code du travail.
À ne pas confondre avec une sanction disciplinaire. La mise à pied conservatoire ne préjuge pas de l'issue : elle écarte le salarié le temps que la procédure suive son cours, notamment en cas de comportement dangereux ou de risque avéré pour l'entreprise.
Deux contraintes pratiques s'imposent :
- Notification immédiate : la mise à pied se notifie le jour même, ou très rapidement après la découverte des faits
- Engagement sans délai de la procédure : l'employeur doit convoquer à l'entretien préalable dans un délai très bref, généralement 48 heures à quelques jours selon la jurisprudence
Si l'employeur traîne, les juges peuvent requalifier la mise à pied en sanction disciplinaire. Ce qui interdit ensuite de licencier pour les mêmes faits : c'est le principe non bis in idem. Quant à la rémunération : la mise à pied conservatoire n'est pas payée si le licenciement pour faute grave est confirmé. Si le licenciement ne tient pas, le salaire correspondant doit être versé.
La convocation à l'entretien préalable : délais et formalités
Premier acte formel de la procédure : la convocation à l'entretien préalable. L'article L1232-2 du Code du travail est clair : l'employeur doit y procéder avant toute décision de licenciement. La convocation passe par lettre recommandée avec accusé de réception, ou remise en main propre contre décharge.
La lettre doit obligatoirement mentionner :
- L'objet : un entretien préalable à un éventuel licenciement
- La date, l'heure et le lieu de l'entretien
- La faculté d'être assisté : par un représentant du personnel, ou : en l'absence de représentants dans l'entreprise : par un conseiller extérieur figurant sur une liste officielle
Le délai légal entre la réception de la convocation et la tenue de l'entretien est d'au moins 5 jours ouvrables (art. L1232-2 al. 2). Ce délai court à compter de la présentation de la lettre recommandée. Le salarié ne retire pas sa lettre ? Le délai démarre à la première présentation par La Poste.
Oublier la mention d'assistance ou fixer l'entretien trop tôt : c'est une irrégularité de forme. Elle peut ouvrir droit à indemnité pour le salarié, même si le fond du licenciement est justifié.
L'entretien préalable : déroulement et droits du salarié
L'entretien se tient à la date prévue. L'employeur : ou son représentant habilité : expose les motifs envisagés. Le salarié répond, contextualise, conteste si nécessaire.
Ce n'est pas une audience judiciaire. Mais c'est une garantie fondamentale du contradictoire. Un entretien purement formel, où l'employeur débite une liste de griefs sans écouter les réponses, peut être contesté en justice.
Pendant l'entretien, le salarié peut être assisté :
- Par un membre du personnel de l'entreprise : délégué syndical, représentant du CSE, ou tout autre salarié de son choix
- Par un conseiller du salarié extérieur, si l'entreprise est dépourvue de représentants du personnel (liste disponible en mairie ou en DREETS)
Aucune décision ne peut être notifiée au cours de l'entretien lui-même. L'employeur n'a pas à rédiger de compte-rendu obligatoire : mais le salarié peut prendre des notes. Et pour les salariés représentants du personnel, c'est une autre histoire : l'employeur doit obtenir l'autorisation de l'inspecteur du travail avant toute notification, même en cas de faute grave (art. L2411-1 et suivants du Code du travail).
La lettre de licenciement pour faute grave : mentions obligatoires et délais
La notification du licenciement intervient après l'entretien, par lettre recommandée avec accusé de réception. L'article L1232-6 du Code du travail exige que la lettre énonce les motifs précis du licenciement.
Deux délais encadrent l'envoi :
- Délai minimum : la lettre ne peut partir qu'au moins 2 jours ouvrables après l'entretien (art. L1232-6 al. 2) : ce délai de réflexion est impératif, sans exception
- Délai maximum : la lettre doit être expédiée dans le mois suivant l'entretien pour une procédure disciplinaire (art. L1332-2 du Code du travail)
Ce courrier fixe les limites du litige devant le conseil de prud'hommes. L'employeur ne pourra pas, lors d'une procédure contentieuse, invoquer des griefs absents de la lettre. L'article L1235-2 du Code du travail le rappelle explicitement, tel qu'il figure sur Legifrance au 27 février 2026.
Un cas particulier mérite d'être signalé. Un arrêt du 15 avril 2026 (publié sur entreprendre.service-public.gouv.fr) précise qu'un apprenti peut rompre directement son contrat face à une faute grave de l'employeur : la procédure fonctionne donc dans les deux sens.
Conséquences financières pour le salarié licencié pour faute grave
Le licenciement pour faute grave coupe deux indemnités légales. L'article L1234-9 du Code du travail est sans ambiguïté : pas de faute grave, pas d'indemnité légale de licenciement. Et l'article L1234-5 le confirme : le salarié qui n'exécute pas le préavis a droit à une indemnité compensatrice : sauf s'il a commis une faute grave. Cette exception figure explicitement sur Legifrance (Section L1234-1 à L1234-11).
En revanche, tout ne s'évapore pas. Certains droits subsistent :
- Indemnité compensatrice de congés payés : les congés acquis et non pris restent dus, quelle que soit la faute (art. L3141-28 du Code du travail)
- Allocation chômage (ARE) : la faute grave n'est pas une démission : le salarié conserve ses droits auprès de France Travail
- Indemnités conventionnelles : certaines conventions collectives prévoient des montants plus favorables que la loi, mais peuvent les exclure en cas de faute grave selon leurs propres termes
Pour comparer avec d'autres modalités de rupture et calculer ce à quoi vous auriez droit en l'absence de faute grave, consultez notre guide sur l'indemnité de licenciement et son calcul selon l'ancienneté.
Non-respect de la procédure : risques pour l'employeur
Un licenciement pour faute grave mal ficelé expose l'employeur à deux types de condamnation devant le conseil de prud'hommes.
Premier risque : l'irrégularité de forme. Entretien préalable omis, lettre de convocation incomplète : le licenciement peut être jugé irrégulier. L'article L1235-2 du Code du travail prévoit une indemnité plafonnée à 1 mois de salaire : même si le licenciement reste fondé sur une cause réelle et sérieuse.
Second risque, franchement plus coûteux : la requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse. Si les faits ne constituent pas réellement une faute grave : gravité insuffisante, prescription, double sanction : le juge requalifie. L'employeur doit alors verser :
- Les indemnités de licenciement et de préavis non versées
- Des dommages-intérêts selon le barème Macron (art. L1235-3 du Code du travail), compris entre 0,5 et 20 mois de salaire selon l'ancienneté et la taille de l'entreprise
Sur la prescription : les faits fautifs ne peuvent être sanctionnés que dans les 2 mois suivant le jour où l'employeur en a eu connaissance (art. L1332-4 du Code du travail). Passé ce délai, c'est terminé. Cette règle revient régulièrement devant les prud'hommes pour faire tomber des licenciements tardifs. Pour comprendre la procédure de contestation, les salariés peuvent aussi se référer à la procédure applicable au licenciement économique à titre de comparaison.
Fiche pratique
| Textes applicables | Art. L1232-2, L1232-6, L1332-2, L1332-3, L1332-4, L1234-5, L1234-9, L1235-2, L1235-3, L1471-1 du Code du travail |
| Délai convocation / entretien | Minimum 5 jours ouvrables entre réception de la convocation et date de l'entretien |
| Délai entretien / lettre de licenciement | Minimum 2 jours ouvrables après l'entretien, maximum 1 mois |
| Prescription des faits fautifs | 2 mois à compter de la connaissance des faits par l'employeur (art. L1332-4) |
| Indemnités supprimées | Indemnité légale de licenciement + indemnité compensatrice de préavis |
| Indemnité maintenue | Indemnité compensatrice de congés payés (art. L3141-28) |
| Sanction irrégularité de forme | Indemnité maximale d'1 mois de salaire (art. L1235-2) |
| Barème dommages-intérêts (sans cause réelle et sérieuse) | De 0,5 à 20 mois de salaire selon ancienneté (barème Macron, art. L1235-3) |
| Délai pour saisir le conseil de prud'hommes | 12 mois à compter de la notification du licenciement (art. L1471-1) |
| Juridiction compétente | Conseil de prud'hommes du lieu de travail |
| Source officielle | service-public.fr/particuliers/vosdroits/F2839 : legifrance.gouv.fr |
Sources
- service-public.gouv.fr
- legifrance.gouv.fr
- legifrance.gouv.fr
- legifrance.gouv.fr
- legifrance.gouv.fr
- entreprendre.service-public.gouv.fr
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Consultez un avocat ou un professionnel du droit pour toute situation concrète.
Questions fréquentes
Quelles sont les étapes d'un licenciement pour faute grave ?
La procédure se déroule en quatre temps. D'abord, une mise à pied conservatoire optionnelle peut être prononcée dès la découverte des faits (art. L1332-3 du Code du travail). Ensuite, l'employeur convoque le salarié à un entretien préalable par lettre recommandée, avec un délai minimum de 5 jours ouvrables avant la tenue de cet entretien (art. L1232-2). L'entretien a lieu : le salarié peut s'expliquer et être assisté. Enfin, la lettre de licenciement motivée est envoyée, au plus tôt 2 jours ouvrables après l'entretien et au plus tard dans le mois suivant (art. L1232-6 et L1332-2).
Quelle est la procédure de convocation pour licenciement pour faute grave ?
La convocation doit partir par lettre recommandée avec accusé de réception, ou être remise en main propre contre décharge. Elle doit mentionner l'objet de la réunion (le licenciement envisagé), la date, l'heure, le lieu, et la possibilité pour le salarié d'être assisté. Le salarié doit recevoir cette lettre au moins 5 jours ouvrables avant la date de l'entretien (art. L1232-2 du Code du travail). Omettre la mention d'assistance : irrégularité de forme, point final.
Quel est le point de départ du délai de prescription pour engager une procédure de licenciement pour faute grave ?
Le délai de prescription est de 2 mois à compter du jour où l'employeur a eu connaissance des faits fautifs (art. L1332-4 du Code du travail). Au-delà, les faits ne peuvent plus justifier aucune sanction disciplinaire, licenciement pour faute grave compris. C'est l'un des arguments les plus fréquemment soulevés devant le conseil de prud'hommes pour contester la validité d'un licenciement.
Est-ce qu'un licenciement pour faute grave est immédiat ?
Non. Même face à une faute grave avérée, l'employeur ne peut pas s'affranchir de la procédure légale : convocation à l'entretien préalable avec respect du délai de 5 jours ouvrables, tenue de l'entretien, envoi de la lettre de licenciement. Seule la mise à pied conservatoire peut être prononcée immédiatement pour écarter le salarié le temps de la procédure (art. L1332-3 du Code du travail). La notification du licenciement elle-même ne peut intervenir qu'après l'entretien, et au minimum 2 jours ouvrables après celui-ci.
Quelles indemnités le salarié perçoit-il en cas de licenciement pour faute grave ?
Le salarié licencié pour faute grave ne touche ni indemnité légale de licenciement ni indemnité compensatrice de préavis (art. L1234-9 et L1234-5 du Code du travail). Mais il conserve son indemnité compensatrice de congés payés pour les jours non pris, et ses droits à l'allocation chômage (ARE) auprès de France Travail : la faute grave n'est pas une démission. Si les juges requalifient le licenciement en licenciement sans cause réelle et sérieuse, toutes les indemnités non versées deviennent exigibles.
